A Alger, le 08/11/2025
Par Samuel Massinissa NASRI
Depuis plusieurs années, l’Algérie cherche à relancer son industrie nationale. Pourtant, malgré un potentiel énorme, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB reste faible — autour de 10 %.
Pourquoi ? Parce que beaucoup d’entreprises locales n’ont ni visibilité sur la demande, ni accès au financement pour investir dans la production.
Or, un outil simple pourrait changer la donne : la commande publique, c’est-à-dire les achats réalisés par l’État et les collectivités.
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🔑 Quand l’État achète intelligemment, il crée de la richesse
Chaque année, l’État algérien dépense des milliards de dinars pour acheter des bus, des uniformes, du matériel médical, de la nourriture pour les cantines, des équipements pour les écoles, des hôpitaux ou des chantiers.
Ces achats pourraient être beaucoup plus qu’une dépense : ils peuvent devenir un levier pour faire naître des industries locales.
Imaginons par exemple que le gouvernement s’engage à acheter 30 000 bus sur dix ans, avec une clause précisant qu’ils doivent être progressivement produits en Algérie :
• 20 % de pièces locales la première année,
• 40 % la troisième,
• 60 % la cinquième.
Cet engagement public donne aux investisseurs de la visibilité à long terme, et surtout, il permet aux entrepreneurs d’obtenir plus facilement des financements bancaires.
Une promesse de commande sur cinq ou dix ans, c’est une garantie qui inspire confiance — aux banques, aux partenaires étrangers, et aux salariés à former.
⚙️ Les secteurs où l’effet serait immédiat
Plusieurs secteurs pourraient décoller rapidement si la commande publique devenait un outil de développement industriel :
🚌 1. Le transport collectif
L’achat massif de bus et de véhicules publics pourrait lancer une filière d’assemblage locale : carrosseries, sièges, câblages, batteries, peinture, maintenance…
Chaque bus importé aujourd’hui peut être le point de départ d’un savoir-faire algérien demain.
☀️ 2. L’énergie solaire et les bornes de recharge
L’Algérie dispose de l’un des meilleurs ensoleillements au monde.
Si l’État s’engageait à équiper écoles, hôpitaux et gares en panneaux solaires produits localement, cela permettrait de créer des usines de montage de modules photovoltaïques, de batteries et de bornes électriques.
🍅 3. L’agroalimentaire
Les hôpitaux, les écoles et l’armée consomment chaque jour des milliers de repas.
Une commande publique orientée vers les produits transformés localement — conserves, lait, farine, fruits séchés, etc. — stabiliserait les revenus des agriculteurs et créerait des emplois non délocalisables.
👕 4. Le textile et les uniformes
Les tenues scolaires, hospitalières ou professionnelles peuvent être produites dans des ateliers algériens.
Une commande pluriannuelle donnerait le temps de moderniser les usines et former les ouvriers, tout en réduisant les importations massives de vêtements.
🧱 5. Le bâtiment et les matériaux
Chaque logement social, école ou hôpital public peut être construit avec des matériaux produits en Algérie : portes, fenêtres, béton préfabriqué, mobilier scolaire.
Avec un volume d’achats garanti, les petites usines locales pourraient investir dans des machines modernes et créer des centaines d’emplois.
💊 6. Le secteur médical
Des contrats publics stables pour les médicaments essentiels, les lits, ou les équipements hospitaliers rendraient rentable la production locale de dispositifs médicaux et de génériques.
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🏦 La clé : la visibilité et la confiance
Une entreprise ne peut pas investir sans savoir si elle va vendre.
Mais si elle dispose d’un engagement public clair sur plusieurs années, elle peut lever des fonds, négocier avec des partenaires étrangers, et planifier son développement.
Ce n’est pas une subvention, c’est un contrat à long terme, et c’est ce qui a permis à des pays comme la Turquie ou la Corée du Sud de bâtir leur industrie.
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📊 Une politique industrielle pragmatique
L’État n’a pas besoin de tout financer :
il doit surtout donner de la visibilité, garantir les premiers volumes, et accompagner les PME locales avec :
• Des garanties publiques pour faciliter les prêts bancaires,
• Des formations techniques liées aux nouveaux métiers,
• Et un suivi transparent des taux d’intégration locale.
Ce modèle peut transformer la dépense publique en investissement productif, sans alourdir le budget de l’État.
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🌍 Transformer l’achat public en moteur national
La commande publique représente une force économique sous-exploitée.
Bien utilisée, elle peut :
• Relancer l’emploi,
• Réduire les importations,
• Renforcer la souveraineté industrielle,
• et faire émerger de véritables champions nationaux capables d’exporter.
L’Algérie dispose de tous les atouts : une jeunesse qualifiée, des ressources naturelles, et un marché intérieur important.
Il manque seulement la visibilité et la coordination pour que l’État, les industriels et les investisseurs tirent dans le même sens.
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🧭 Conclusion
Importer ce que nous ne produisons pas encore est parfois nécessaire.
Mais importer sans apprendre, c’est perdre.
En revanche, importer pour produire demain, c’est bâtir l’avenir.
La commande publique peut devenir la colonne vertébrale d’une nouvelle politique industrielle algérienne :
Prévisible, crédible et créatrice d’emplois.


Une bonne analyse de la situation et du comment sortir du marasme et de la fuite en avant.
Merci , effectivement, il faut juste les bonne méthode et organisation soupoudrées de bonnes volontés et ça fonctionnera !!!